En Europe, les voitures hybrides représentent une part croissante des immatriculations neuves. Les modèles hybrides non rechargeables dépassent même les motorisations diesel et essence dans plusieurs pays. La question de leur disparition revient régulièrement, alimentée par l’échéance réglementaire de 2035 et par les prévisions de certains analystes. Le marché auto en 2026 montre pourtant que les hybrides occupent encore une place centrale, avec des dynamiques très différentes selon les technologies.
PHEV et full hybrid : deux trajectoires opposées sur le marché européen
Parler des « hybrides » comme d’un bloc homogène fausse l’analyse. Les hybrides rechargeables (PHEV) et les hybrides non rechargeables (full hybrid) suivent des courbes de ventes radicalement différentes.
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Selon une analyse de ConseilsAuto fondée sur les données ACEA, la part de marché des PHEV est tombée sous 7 % en Europe début 2026. En France, les ventes de PHEV ont baissé de près de 20 % entre 2024 et 2026. Le recul est net et constant depuis leur pic, où ils frôlaient les 10 %.
À l’inverse, les full hybrid progressent fortement. Plusieurs études de marché 2025-2026 montrent que les hybrides non rechargeables dépassent 40 % des immatriculations dans certains marchés européens. Cette motorisation de volume s’impose comme le choix par défaut pour les automobilistes qui quittent le diesel ou l’essence sans vouloir passer au 100 % électrique.
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Les raisons de cette divergence sont concrètes. Les PHEV souffrent de leur prix élevé, de la suppression progressive des aides à l’achat et de critiques sur leur consommation réelle, souvent bien supérieure aux chiffres homologués quand la batterie n’est pas rechargée. Les full hybrid, eux, ne demandent aucun changement d’habitude : pas de borne, pas de câble, un surcoût modéré par rapport au thermique.
Réglementation européenne 2035 : ce que l’interdiction cible vraiment
L’échéance de 2035 est souvent résumée par « fin des voitures thermiques et hybrides ». Cette formulation, reprise par la plupart des médias, simplifie un cadre réglementaire plus complexe.
L’interdiction porte sur les véhicules neufs émettant du CO2 à l’échappement. Un hybride, qu’il soit rechargeable ou non, utilise un moteur thermique et produit donc des émissions. En théorie, tous les hybrides sont concernés. En pratique, des communications récentes de la Commission européenne laissent entrevoir des marges pour les véhicules à très faibles émissions, notamment certains PHEV capables de rouler sur de longues distances en mode électrique.
Trois points méritent attention :
- L’interdiction ne concerne que la vente de véhicules neufs. Les hybrides déjà en circulation pourront continuer à rouler après 2035, sous réserve des règles locales (ZFE, contrôle technique).
- Une clause de revoyure est prévue en 2026 pour évaluer la faisabilité de l’objectif. Plusieurs pays, dont l’Italie et la République tchèque, ont demandé un assouplissement du calendrier.
- Le statut des carburants de synthèse (e-fuels) pourrait modifier l’équation : un moteur thermique alimenté par un carburant neutre en carbone pourrait théoriquement échapper à l’interdiction.
L’avenir réglementaire des hybrides dépend donc de décisions politiques encore en discussion. La clause de revoyure de 2026 sera un moment charnière.
Les prévisions d’Ouyang Minggao : un scénario chinois
Ouyang Minggao, professeur spécialisé dans la motorisation automobile en Chine, estime que les ventes de véhicules à énergie nouvelle dépasseront 70 % du marché chinois dès 2030, avec une majorité nette pour le 100 % électrique. Dans ce scénario, les hybrides deviendraient marginales d’ici 2040 en Chine.
Ces projections reposent sur un contexte spécifique. La Chine dispose d’un réseau de bornes de recharge bien plus dense que l’Europe, d’une industrie de batteries dominant le marché mondial et d’une politique de subventions massives en faveur de l’électrique. Les constructeurs chinois (BYD, NIO, Geely) proposent des véhicules électriques à des prix nettement inférieurs aux équivalents européens.
Transposer ce calendrier à l’Europe ou à la France pose problème. Le déploiement des bornes de recharge reste inégal, le prix moyen d’un véhicule électrique neuf dépasse ce que la majorité des ménages peuvent investir, et le parc de logements collectifs complique l’installation de points de charge à domicile. Le marché européen présente des contraintes d’infrastructure et de prix qui décalent cette trajectoire de plusieurs années par rapport à la Chine.
Hybrides en 2026 : technologie de transition ou motorisation durable ?
La qualification de « technologie de transition » est répétée dans presque tous les articles sur le sujet. Elle mérite d’être questionnée.
Une technologie de transition suppose un remplacement rapide par une solution supérieure. Pour l’instant, le remplacement des hybrides par l’électrique se heurte à des obstacles structurels qui ne relèvent pas seulement du progrès technologique : coût des batteries, approvisionnement en matières premières (lithium, cobalt, nickel), capacité du réseau électrique à absorber une flotte massivement électrifiée.

Les constructeurs européens et japonais continuent d’investir dans l’hybride. Toyota, qui a vendu plus de véhicules hybrides que n’importe quel autre constructeur, développe de nouvelles générations de full hybrid avec des rendements en hausse constante. Renault mise sur sa plateforme hybride E-Tech pour une large part de sa gamme. Aucun grand constructeur européen n’a annoncé l’arrêt de sa production hybride avant 2035.
Les retours terrain divergent sur la vitesse réelle de la transition. Dans les zones rurales et périurbaines, où la recharge à domicile reste compliquée pour les habitants d’immeubles, le full hybrid répond à un besoin que l’électrique ne couvre pas encore. Dans les grandes métropoles dotées de bornes rapides, l’électrique gagne du terrain plus vite.
La disparition des voitures hybrides n’est ni imminente ni certaine dans la forme que beaucoup lui prêtent. Les PHEV reculent, les full hybrid progressent, la réglementation de 2035 reste sujette à ajustements, et le rythme de la transition varie selon les géographies. L’hybride non rechargeable pourrait rester la motorisation majoritaire en Europe jusqu’au début des années 2030, avant que le rapport de force avec l’électrique ne bascule, si les conditions industrielles et d’infrastructure suivent.

